Pour offrir à tous ses citoyens des conditions propices et des opportunités accessibles de création de richesses, la Guinée-Bissau doit réussir à préserver durablement son riche capital naturel et à le valoriser. Ce chapitre décrit dans ce cadre les enjeux, mais également les démarches à mettre en place.

La Guinée-Bissau est un havre naturel qu’il faut préserver.

La Guinée-Bissau représente une exception écologique en Afrique de l’Ouest. Son couvert forestier sert de frontière entre le Sahel et la forêt tropicale humide d’Afrique de l’Ouest. Son territoire est à la fois continental et insulaire. Sa vaste zone de mangroves, qui recouvre tout son littoral, est un lieu de reproduction privilégié pour la ressource pélagique de l’ensemble du Golfe de Guinée. Bien que les inventaires de la biodiversité restent lacunaires, leurs travaux indiquent que les écosystèmes accueillent une faune diversifiée de 64 espèces de mammifères dont 11 espèces de primates, ainsi que 374 espèces d’oiseaux, 85 espèces de reptiles et 31 espèces d’amphibiens, dont au moins 10 espèces endémiques. La faune aquatique est également très diversifiée. De nombreux fleuves et cours d’eau irriguent la Guinée-Bissau, du nord au sud du pays, notamment Cacheu, Mansoa, Geba, Corubal, Grande de Buba, Cumbijã, Tombali et Cacine. La flore comprend 1186 espèces recensées, appartenant à 160 familles. Une douzaine de ces espèces sont endémiques. L’archipel des Bijagós offre un mixte particulièrement original d’écosystèmes et de paysages : de larges andains de mangroves, des savanes parsemées d’arbustes, des forêts humides, des falaises escarpées, des zones de plantation agricoles de palmiers. Cet environnement unique se révèle un havre naturel pour les hippopotames, les tortues de mer, les lamantins, les loutres, les singes, les dauphins et les centaines d’oiseaux qui vivent en bonne intelligence avec les Bijagós et autres habitants de l’archipel. Le peuple de Guinée-Bissau a conscience du privilège d’habiter un territoire aussi exceptionnel, riche d’une biodiversité foisonnante. Il est également conscient des responsabilités attachées à ce privilège.

Des mesures ambitieuses de protection ont été mises en place.

Dès 1992, la Guinée-Bissau a procédé à l’identification d’écosys-tèmes dont la protection de la biodiversité justifiait le statut d’aires protégées. Ainsi, les mangroves du Rio Cacheu (540 km2); les îles d’Orango de l’archipel des Bijagós (680 km2); les lagunes de Cufada (990 km2); le massif forestier de Cantanhés (650 km2); les forêts claires de Dulombi (1.770 km2) où l’on trouve la plus grande diversité de vertébrés, ont été sanctuarisés par la loi dans le cadre du Système National des Aires Protégées (SNAP). Ces parcs nationaux représentent 12% du territoire national. En 1996 l’archipel des Bijagós a été érigé en réserve de la biosphère, statut accordé sous le patronage de l’UNESCO. Ces mesures ont été renforcées en 2004 par la création de l’Institut de la Biodiversité et des Aires Protégées (IBAP), agence en charge de la gestion opérationnelle de la protection des aires protégées. Toutefois, ce dispositif ambitieux de protection de la biodiversité est confronté à l’insécurité de son mode de financement, qui dépend quasi exclusivement de l’aide de bailleurs internationaux. Les moyens mis en œuvre pour la protection des aires protégées peuvent également être renforcés pour assurer une plus grande effectivité de la protection de ces écosystèmes. Enfin, l’environne-ment en Guinée-Bissau souffre d’importantes vulnérabilités, liées à la pression anthropique et aux aléas climatiques, qui dépassent largement le périmètre des aires protégées.

L’activité de l’homme engendre des perturbations importantes de l’environnement.

80% de la population bissau-guinéenne vit sur le littoral, entraînant une pression anthropique importante sur l’environnement. Cette population vit en grande majorité d’activités agricole ou de pêche et pratique des techniques qui ont pour conséquence la déforestation, la surpêche, la pollution des nappes phréatiques et des sols et l’érosion des sols. Ainsi, de fortes pressions sont exercées sur les mangroves dans le cadre du procédé de fumage du poisson. La pollution organique provenant des campements de pêche contribue également à la modification des paramètres physico-chimiques (oxygène, turbidité, eutrophisation) des mangroves. En ce qui concerne la forêt humide, entre 30 000 à 60 000 hectares disparaissent chaque année, avec des effets négatifs sur la capacité courante de séquestration estimés à 15 738,43 Gg CO2 atmosphérique (PANA, 2006). De plus, la monoculture de noix contribue fortement à la perte de diversité végétale et appauvrit les sols. Ces différentes vulnérabilités contribuent à diminuer le stock de ressources naturelles renouvelables et mettent en danger les conditions de vie, voire de survie, de la population.

L’environnement demeure sous la menace des dérèglements climatiques.

En Guinée-Bissau, le biotope est soumis à des perturbations importantes liées aux dérèglements climatiques. Chaque année, la ligne de côte recule d’environ 5 à 7 mètres, ce qui provoque l’inondation des terres basses, la perte des mangroves, la destruction des infrastructures construites sur le littoral et menacent les modes de vie des hommes et de la faune. La profonde interpénétration entre la terre et la mer, l’existence d’un delta marin actif et la géomorphologie du littoral le rende particulièrement sensible à l’érosion. Les inondations des terres basses augmentent les concentrations de sel dans le sol et contribue à réduire la fertilité et la stabilité des sols. Des plantations de riz ont dû être abandonnées pour cause de salinité trop élevé des sols. Les dérèglements climatiques concernent également la diminution de la pluviométrie, qui est accentuée par la tendance à l’augmentation de la température moyenne annuelle. Ces deux tendances affectent le fonctionnement des écosystèmes, avec pour conséquence la migration, l’adaptation et/ou la disparition de certaines espèces.

Quatre (4) orientations majeures pour la préservation de la biodiversité et un développement durable.

Ces vulnérabilités anthropiques et climatiques doivent être adressées dans le cadre d’une démarche globale et intégrée de protection de l’environnement et de la biodiversité. Cette démarche, qui contribuera à l’objectif global de développement durable de la Guinée-Bissau, se déclinera en quatre actions majeures : (i) Instaurer un cadre règlementaire et institutionnel du développement durable et de la protection de la biodiversité, (ii) Connaître, sécuriser et aménager les écosystèmes, (iii) Réguler le prélèvement des ressources naturelles renouvelables pour en assurer le renouvellement biologique et (iv) Mettre en place un Plan Climat augmentant la résilience du territoire national au changement climatique.