LA VISION: La Guinée-Bissau en 2025

Dans quelle Guinée-Bissau souhaitons-nous vivre demain pour nous et pour nos enfants? C’est la première question à laquelle la stratégie Guinée-Bissau 2025 apporte une réponse, à travers la définition du but à atteindre, notamment une vision traduisant une ambition forte pour le pays à l’horizon 2025, et du chemin pour y arriver, à savoir une transformation économique et sociale en profondeur, la préservation de la biodiversité unique du pays, et un renforcement de l’identité commune portée par tous les Bissau-guinéens. Ce chapitre décrit cette vision et indique les principaux axes de la transformation qui y mèneront.

En 2025, la Guinée-Bissau sera une société solidaire, respectueuse de la biodiversité et sur le chemin de la prospérité.

La lutte pour l’indépendance de la Guinée-Bissau était porteuse d’une grande ambition de progrès social. Le projet des pères de la Nation bissau-guinéenne était d’offrir un avenir meilleur aux populations du pays et de mettre fin à un cycle historique de cinq siècles d’exploitations. Selon les mots d’Amilcar Cabral, « notre indépendance nous permettra de développer notre propre culture, de nous développer nous-mêmes, et de développer notre pays, en délivrant le peuple de la souffrance, de la misère et de l’ignorance ». 40 ans après l’indépendance, la Guinée-Bissau n’a pas encore su concrétiser ces aspirations. 

La stratégie Guinée-Bissau 2025 a l’ambition de réaliser cette promesse de progrès social. Elle offre un projet commun au peuple bissau-guinéen, acteur de sa propre transformation et garant de son épanouissement collectif. Elle vise à catalyser toutes les énergies positives à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, dans un cadre d’action ambitieux et cohérent, qui permette à la Guinée-Bissau de répondre enfin à ses aspirations de prospérité et de paix. Elle permettra de surmonter le cercle vicieux du mauvaise gouvernance-pauvreté pour s’inscrire enfin dans une perspective de développement durable.

Le sous-développement se caractérise par des dynamiques négatives qui se nourrissent et se renforcent mutuellement, tirant l’ensemble du pays vers le bas. Historiquement, le manque d’investissement dans le capital productif et humain ont créé une économie peu compétitive et produisant très peu de richesses ; la compétition sociale dans ce contexte de pénurie a poussé à des comportements « court-termistes » et rentiers. Cette mauvaise gouvernance a suscité la méfiance des investisseurs privés nationaux et étrangers, ainsi que des partenaires au développement, contribuant à maintenir un faible niveau d’investissement et de faibles résultats économiques. Les difficultés économiques ont attisé les tensions sociales, favorisé le repli sur soi ethnique, et conduit à des éruptions de violences. Le cycle négatif s’est ainsi renforcé (voir figure 3) et a empêché de réaliser les aspirations progressistes légitimes de la Nation Bissau-guinéenne. Ce cycle négatif n’est toutefois pas insurmontable. En effet, l’histoire de l’Humanité offre suffisamment d’exemples de sursaut nationaux conduisant à des périodes de prospérité durable.

 

 

Figure 3: Cycle vicieux mauvaise gouvernance-pauvreté (Source : Analyses Performances Group)

 

La jeunesse est le socle du sursaut national qui porte la stratégie Guinée-Bissau 2025.

En Guinée-Bissau, le sursaut national est porté par la jeunesse. Plus de 60% de la population a moins de 25 ans. Ces jeunes n’ont connu ni la colonisation portugaise, ni la lutte pour l’indépendance. Ils vivent dans une époque où l’information et les valeurs du monde entier circulent et se mélangent. Cette jeunesse n’est pas responsable du cercle vicieux qui a prévalu ces dernières décennies, bien qu’elle en subisse les conséquences. Elle est décidée à ne pas reproduire les erreurs du passé et à relever le défi d’un destin meilleur pour le peuple de la Guinée-Bissau. La stratégie Guinée-Bissau 2025 est l’outil qui lui permettra de canaliser cette aspiration au changement.

D’ici 2025, la Guinée-Bissau sera définitivement ancrée dans un cycle vertueux de progrès. Pour sortir du cercle vicieux, la Guinée-Bissau devra enclencher des dynamiques positives qui se renforcent mutuellement et convergent vers une prospérité partagée. Il lui faudra i) mettre en place des filières de création de richesses qui s’appuient sur la valorisation durable de son capital naturel ii) refonder la gouvernance de ses institutions sur un modèle inclusif, participatif, ouvert au dialogue démocratique et respectueux des différences d’opinion et d’intérêt des composantes de la population, qui garantira la paix sociale et iii) inscrire l’activité collective du peuple bissau-guinéen en synergie avec son environnement naturel d’une richesse inestimable, de sorte à ce qu’il se construise avec et non aux dépens de l’extraordinaire biodiversité du pays. En 10 ans, une stratégie concertée impulsant simultanément ces trois dynamiques permettra d’ancrer définitivement la Guinée-Bissau dans un cycle vertueux de progrès.

 

Figure 4: Cercle vertueux bonne gouvernance-progrès économique et social (Source : Analyses Performances Group)

 

Dynamique positive 1 : Valoriser durablement les ressources naturelles renouvelables et structurer des filières créatrices de nouvelles richesses et d’emplois.

Structurer des filières créatrices de richesses et d’emplois est indispensable pour sortir du cycle vicieux du sous-développement. Quatre filières d’activité présentent des dotations initiales en capital, un niveau de maturité des opérateurs et des débouchés commerciaux suffisamment importants pour que le pays y développe des avantages comparatifs. Il s’agit, tout d’abord, des filières agricoles noix de cajou et riz, qui présentent également des débouchés dans l’agro-industrie, surtout pour la noix de cajou. La Guinée-Bissau va quadrupler d’ici à 2025 la richesse générée par cette filière en i) valorisant mieux la production agricole, par la promotion d’une meilleure qualité de la noix, d’un meilleur rendement de la production et d’une négociation plus efficace des prix, ii) en transformant localement 30% de la production nationale et iii) en s’intégrant aux circuits commerciaux des marchés les plus rémunérateurs. Cette intégration sera rendue possible par le développement de partenariats techniques et financiers avec des acteurs internationaux de référence et par la mise en place d’un label “Cajou de Bissau”. Par ailleurs, la Guinée-Bissau entend atteindre l’autosuffisance en riz dès 2020, avec 450 000 tonnes, contre 200 000 tonnes aujourd’hui, pour, ensuite, développer l’exportation avec une production excédant les 500 000 tonnes. Ces résultats seront obtenus, d’une part par l’aménagement de 54 000 hectares de bas-fonds pluviaux et de mangroves, et d’autre part par l’amélioration des pratiques rizicoles et la reconstitution du capital semencier du pays. En outre, les systèmes de stockage et de distribution seront réorganisés. Enfin, une politique d’appui à la filière rizicole sera promue par le gouvernement, notamment en faveur des jeunes producteurs et par la mise en place des mécanismes de financement des campagnes de commercialisation et de transformation.

Deuxième moteur de croissance, les filières pêche et aquaculture présentent un important gisement de création de richesses et d’emplois rémunérateurs de longue durée, si ces filières sont régulées de sorte à ce que l’exploitation ne nuise pas au renouvellement des ressources. Son vaste plateau continental et son réseau hydrographique fluvial constituent pour la Guinée-Bissau une importante ressource naturelle dont elle a très peu bénéficié jusque-là. Optimiser la valorisation de cette ressource suppose désormais pour le pays d’assurer une surveillance stricte de son territoire marin, de collecter intégralement les redevances, de définir des règles de gestion durable de la ressource halieutique, et de stimuler les investissements privés. L’appui au financement des opérateurs sera d’abord orienté vers la transformation artisanale et l’aquaculture, plus intensives en main d’œuvre. Dans une deuxième phase, post-2020, des investissements publics soutiendront la transformation industrielle des produits de la pêche, dans le cadre d’une Zone Economique Spéciale à Bissau. L’ambition à l'horizon 2025 est de produire 250 000 tonnes de produits de la mer, de tripler le chiffre d’affaires du secteur et de créer 100 000 emplois directs et indirects.

Le tourisme jouera le rôle de troisième moteur de la croissance. En s’appuyant sur son exceptionnelle biodiversité, la Guinée-Bissau ambitionne de devenir en 2025 une destination mondialement reconnue d’écotourisme et de tourisme balnéaire. D’ici à 2020, l’archipel des Bijagós servira de « tête de pont » du tourisme national, dans le cadre d’une Zone Touristique Spéciale gérée par une agence dédiée. Cette agence assurera la promotion d’une offre mondialement reconnue d’écotourisme haut de gamme et de pêche sportive. Pour cela, l’archipel bénéficiera d’un programme d’urgence de mise à niveau de ses infrastructures et se développera comme un modèle d’excellence dans la gestion responsable des écosystèmes, le développement participatif et inclusif et l’épanouissement des communautés locales.

La filière Mines constituera le quatrième moteur de la croissance. Le potentiel minier de la Guinée-Bissau semble considérable. L’exploitation rationnelle du sous-sol bissau-guinéen passera toutefois, au préalable, par un travail d’inventaire précis et d’étude des conditions techniques, environnementales et économiques d’extraction. Bauxite, phosphates et sables lourds se présentent comme les principales opportunités d’exploitation. Toutefois, leur exploitation rationnelle nécessitera la mise en place d’un cadre juridique favorable à la négociation de contrats qui profitent au peuple bissau-guinéen et protège l’environnement, la construction d’infrastructures d’extraction et de transport et la formation de la main d’œuvre nationale. L’exploitation des ressources minières se fera de manière progressive, d’une part pour les raisons techniques décrites ci-dessus, et d’autre part par choix stratégique privilégiant la valorisation des ressources naturelles renouvelables. De ce fait, d’ici 2020, la priorité sera portée à l’exploitation des mines artisanales et des matériaux de construction d’une part, ainsi que de la mine de phosphates de Farim dont le potentiel et les caractéristiques techniques et environnementales sont connues. A moyen terme, l’exploitation de la bauxite sera envisagée. De même, les études de faisabilité, d’impact et d’opportunités requises pour l’exploitation des hydrocarbures seront réalisées.

Dynamique positive 2 : Une gouvernance refondée et un pacte social consolidé pour assurer une paix durable.

La Guinée-Bissau doit ancrer durablement les prérequis de la sécurité, de la stabilité politique et d’un dialogue démocratique apaisé et productif avec (i) des Forces Armées républicaines durablement dédiées à l’évolution pacifique et démocratique du pays, (ii) un leadership politique (exécutif et législatif, gouvernement et opposition), économique et de la société civile, toujours plus compétent, responsable et engagé dans le déploiement d’une vision nationale partagée, (iii) un débat démocratique apaisé assurant le déploiement fluide des programmes gouvernementaux et, le cas échéant, une alternance démocratique sereine. Ces prérequis permettront à la Guinée-Bissau de disposer d’une gouvernance crédible, à même de piloter la profonde transformation économique et sociale prévue d’ici 2025. 

Le partage et la pédagogie autour de la vision Guinée-Bissau 2025 constituront le ciment d’un pacte de confiance national entre les différentes composantes de la population nationale. Ce pacte de confiance national permettra de dépasser les clivages sociaux, idéologiques, identitaires, pour faire converger la Nation vers un intérêt supérieur commun partagé. Ce nouveau pacte social sera consolidé par un dispositif rigoureux de pilotage et de gouvernance de la vision, décliné en une stratégie et un plan opérationnel précis, liés à un plan d’investissement économique et humain chiffré et priorisé. La mise en œuvre efficace de la vision, si elle se traduit par des impacts positifs dans la réalité quotidienne des populations, raffermira leur adhésion au projet collectif. Elle garantira l’adhésion dans la durée du peuple aux changements individuels et collectifs indispensables au sursaut national.

Dynamique positive 3 : Inscrire les activités humaines dans une démarche systématique de développement durable et de respect de la biodiversité.

Les 1 700 000 de personnes qui vivent en 2015 en Guinée-Bissau peuplent un territoire de 36 125 km² riche d’une exceptionnelle biodiversité. Le couvert forestier occupe 57% du territoire terrestre et constitue une barrière verte à l’avancée de la zone sahélienne. Ces forêts abritent comme faune emblématique des éléphants, des buffles, des antilopes, des chimpanzés et certaines autres espèces de singes. Le dernier inventaire de la biodiversité terrestre (1989) fait état de 64 espèces de mammifères, 374 espèces d’oiseaux et 39 espèces de reptiles présents en Guinée-Bissau. Les mangroves recouvrent 10% du territoire et rendent d’importants services écosystémiques à l’ensemble du Golfe de Guinée. Ces services écosystémiques recouvrent la séquestration de carbone, la régulation de la pollution aquatique grâce à la capacité des mangroves d'absorption des polluants organiques, ou encore le renouvellement des pélagiques, les mangroves étant riches en nutriments et constituant de ce fait une zone de reproduction privilégiée des poissons. Le pays compte 270 km de côtes et un territoire maritime de 105 000 km². Le littoral maritime accueille des espèces animales rares, comme certaines espèces de tortues marines, des lamantins, des hippopotames d’eau salée, des loutres à joues blanches, des dauphins à bosse, des crocodiles du Nil, ainsi que différentes espèces d’oiseaux. 

La vision Guinée-Bissau 2025 fait du respect de la biodiversité et des équilibres écologiques l’élément structurant de sa démarche. En effet, cette vision s’applique de manière holistique à l’ensemble de l’écosphère du territoire de la Guinée-Bissau, dont l’homme est une composante importante mais non exclusive du reste de la biodiversité. Les cultures traditionnelles bissau-guinéennes ont toujours valorisé le respect de la nature et la responsabilité de l’homme dans la préservation des équilibres de son lieu de vie. Il incombe aux générations contemporaines d’actualiser ces traits culturels singuliers et ce sens des responsabilités, en inscrivant leur action dans une démarche de préservation et de valorisation des différentes formes de vie qui cohabitent en Guinée-Bissau. La Vision 2025 entend bâtir l’avenir du peuple bissau-guinéen en synergie avec son écosphère, et non au détriment de la biodiversité de son territoire. Conscient de son interdépendance avec les autres espèces vivantes de son territoire, le peuple du Guinée-Bissau entend œuvrer au maintien des équilibres écologiques.

Plus que d’autres pays, la Guinée-Bissau souffre de vulnérabilités environnementales importantes et est exposée aux risques liés aux dérèglements climatiques. Son territoire compte un archipel de 88 îles exposées au risque de l’élévation du niveau de la mer. La population du pays est majoritairement concentrée sur le littoral, vulnérable à l’érosion des sols. Plus de 90% de la population vit d’activités dépendant directement du climat, qu’il s’agisse de l’agriculture ou de la pêche. La salinisation des sols et de l’eau douce, la pollution ou l’appauvrissement des nutriments biologiques des eaux et des terres, les sécheresses inhabituelles, l’appauvrissement des nutriments biologiques des sols et des eaux, sont autant de menaces directes aux conditions de survie de la population. A ce titre, la préservation des équilibres écologiques est un enjeu de survie immédiat pour la Guinée-Bissau, qui justifie qu’elle soit au cœur de sa vision 2025. 

Les différentes activités humaines seront alignées à la démarche intégrée de développement durable. L’agriculture naturelle sera privilégiée et l’usage de pesticides et des engrais chimiques soumis à un contrôle rigoureux. La pêche respectera le repos biologique des espèces pour en assurer un renouvellement durable. L’écotourisme respectera la préservation des sites naturels protégés. Le choix de l’exploitation de ressources naturelles non renouvelables sera tributaire de la capacité à maîtriser les impacts environnementaux négatifs liés à leur mise en valeur. Des mesures ambitieuses d’« aggra-dation » des écosystèmes, c’est-à-dire de corrections des dégradations existantes, seront mises en œuvre pour rétablir les équilibres environnementaux. Ainsi, dans les zones de monoculture de l’anacarde, des cultures associées, à usage commercial ou non, rétabliront les équilibres écologiques des sols. Cette politique ambitieuse et singulière au regard des expériences des autres pays en voie de développement servira autant les intérêts des générations actuelles que ceux des générations futures. Le capital naturel du pays, qui constitue 43% du total de son stock de capital, un record en Afrique, sera entretenu, valorisé et même enrichi.

 

VISION : SOL NA IARDI, «LA GUINÉE-BISSAU RAYONNE»

En 2025, la Guinée-Bissau sera une société solidaire, respectueuse de la biodiversité et sur le chemin de la prospérité. Grâce aux dynamiques enclenchées dans le courant des dix prochaines années, la Guinée-Bissau sera un pays attrayant, uni et bien gouverné. Elle sera un lieu où il fait bon vivre, avec un niveau de vie de pays à revenus intermédiaires, qui offre des opportunités à la jeunesse et aux investisseurs nationaux et étrangers. En 2025, la Guinée-Bissau sera un pays solidaire, où la pauvreté aura été fortement réduite et où les inégalités sociales seront contenues. Elle offrira un cadre épanouissant où la culture sera dynamique et valorisée. En 2025, la Guinée-Bissau sera un havre naturel où la biodiversité sera protégée, avec des écosystèmes sains qui offriront des services à l’ensemble de la sous-région et contribueront significativement aux grands équilibres environnementaux de la planète. En 2025, la Guinée-Bissau sera un édifice stabilisé, assis sur des fondements solides, qui permettront à la population d’écrire une nouvelle page de l’histoire collective de la Nation. 

La Guinée-Bissau sera en 2025 un modèle de développement durable, dont la biodiversité sera préservée et régénérée pour garder durablement le potentiel de création de valeur de ses ressources renouvelables et installer le pays dans le cercle vertueux de la prospérité. Pour ce faire, les rendements et la qualité du cajou seront renforcés (espacement des arbres et horticulture associée), l’exploitation des ressources halieutiques sera régulée de façon à en assurer une gestion durable (conservation de la mangrove et des espèces marines, quotas de pêches, contrôle rigoureux du territoire marin) et la qualité exceptionnelle des sites d’intérêt écotouristique sera préservée (sanctuarisation et gestion des aires protégées terrestres et marines, diversité des espèces pour la pêche sportive). De même, quel que soit leur potentiel de création de richesses, les ressources du sous-sol (mines, hydrocarbures) ne seront valorisées que si elles démontrent pouvoir être exploitées de manière responsable et que leur impact environnemental pourra être pleinement maîtrisé. La Guinée-Bissau a pris conscience de son potentiel en matière de développement durable, elle se sait pouvoir être porteuse d'un modèle pionnier et salutaire pour le continent, une proposition de développement harmonieux pour les populations, les cultures, la biodiversité locale. L'option primordiale qu'elle prend pour un développement basé sur les ressources naturelles renouvelables conduit le pays à sauvegarder en priorité son capital naturel et sa biodiversité. Ceci inspirera la nouvelle Gouvernance du pays, présidera aux choix majeurs d'infrastructures, de développement urbain et de développement humain, notamment vis à vis des populations démunies qui seront accompagnées dans leur processus d'autonomisation. Ainsi la Guinée-Bissau se distinguera par son engagement dans le développement durable, clef de voûte de son développement.

En 2025, une nouvelle carte économique de la Guinée Bissau se dessinera, autour de 9 pôles économiques.

La stratégie Guinée-Bissau 2025 transformera la carte économique de la Guinée-Bissau. Aujourd’hui, en dehors de la production de cajou et de riz, les activités économiques et infrastructures productives de la Guinée-Bissau sont fortement concentrées autour de la capitale Bissau. La Figure 5 montre que la mise en place de la stratégie Guinée-Bissau 2025 qui favorisera l’émergence d’une nouvelle carte économique, avec 9 pôles économiques, bassins dynamiques d’activités économiques, d’emplois et de vie urbaine, répartis sur l’ensemble du territoire. Les 9 pôles identifiés sont : Bissau, l’archipel des Bolama-Bijagós, Biombo, Cacheu, Farim, Bafatá, Gabú, Catio et Buba.

 

Figure 5 : Carte des pôles économiques à l’horizon 2025 (Source : Analyses Performances Group)

 

Bissau sera en 2025 un pôle économique dynamique et diversifié, doté d’une Zone Economique Spéciale (ZES) multisectorielle. Bissau restera en 2025 le premier hub logistique de la Guinée-Bissau avec le port de Bissau et l’aéroport international de Bissau (à plus long terme, ce positionnement de hub pourrait évoluer si le port de Buba et un nouvel aéroport international voient le jour). Sa Zone Économique Spéciale accueillera en premier lieu des activités agro-industrielles (transformation de noix de cajou, transformation des produits de la pêche), mais également toutes activités industrielles susceptibles de bénéficier de ses services et activités supports. En effet, en plus des incitations administratives et avantages fiscaux classiques, la ZES fournira un bouquet d’infrastructures et de services performants, parmi lesquels les bâtiments, l’énergie, l’eau, le transport, le numérique haut débit et des services de promotion et de formation. Le développement de ce pôle économique s’appuiera sur la rénovation et le développement d’un pôle urbain et culturel dynamique à Bissau.

L’archipel des Bolama-Bijagós sera en 2025 un pôle touristique majeur, dédié à l’écotourisme durable et à la pêche sportive haut de gamme. Pour ce faire, la gestion durable des écosystèmes de l’archipel, en particulier de ses aires protégées, premier garant d’une offre écotouristique exceptionnelle et de rang mondial, restera une priorité absolue. Ainsi, un numerus clausus (25 000 touristes en 2020, et 40 000 en 2025) minimisera la pression sur les écosystèmes terrestres et marins et favorisera le maintien d’un positionnement haut de gamme, d’autres sites sur la partie continentale se positionnant sur la clientèle moyenne gamme (ie un groupe hôtelier du type “Club Med” à Varela). Pour favoriser sa visibilité internationale et le développement de son offre, l’archipel des Bolama-Bijagós sera érigé en Zone Touristique Spéciale, avec une Agence dédiée à sa gestion, sa mise en valeur touristique et sa promotion. Par ailleurs, l’archipel fera l’objet d’un programme intégré de développement de ses infrastructures, programme d’urgence qui doit lui permettre d’ici 2017 d’offrir aux investisseurs hôteliers et aux touristes les services de santé, de sécurité, de transport, d’énergie ou de télécommunications dont ils auront besoin. Dans ce cadre, l’aéroport de Bubaque sera mis à niveau et pourra recevoir des vols régionaux. Par ailleurs, Bolama, ancienne capitale de la Guinée portugaise, et candidate à l’inscription au Patrimoine UNESCO de l’humanité, fera l’objet d’une redynamisation économique (tourisme, pêche artisanale, cajou) et d’un véritable renouveau urbain, architectural et culturel. 

Le pôle économique de Biombo sera en 2025 un pôle agricole majeur, dédié aux filières riz et cajou. Sidja sera un grand pôle de cajou, avec non seulement une production mieux encadrée et plus rémunératrice, mais également le développement de la collecte et de la première transformation de la noix de cajou. De même, le développement de la production de riz permettra de contribuer à l’objectif national d’autosuffisance alimentaire en 2020. 

Le pôle économique de Cacheu sera en 2025 un grand pôle agricole, touristique et commercial. Une production agricole dynamique, mieux encadrée et bénéficiant d’une première transformation dans des unités industrielles locales permettra de faire de ce pôle une riche région agricole. Par ailleurs, son potentiel touristique sera valorisé, notamment autour de Parc de Varela, avec l’implantation de chaînes de tourisme de référence mondiale. Un corridor routier via ce pôle reliera Bissau à la Casamance, faisant de ce pôle un pôle logistique et commercial de transit et du vaste pôle Cacheu-Farim-Casamance une nouvelle zone de co-prospérité entre la Guinée-Bissau et le Sénégal.

Le pôle économique de Farim sera en 2025 un pôle minier et commercial. Situé dans la région d’Oio, ce pôle contribuera également aux échanges transfrontaliers avec le Sénégal et au développement de la nouvelle zone de co-prospérité entre les deux pays. Un site minier (phosphates), qui sera développé et exploité à Farim, contribuera au développement des infrastructures et de l’activité économique de la région. Des corridors routiers relieront ce pôle au futur port d’exportation des produits miniers de Buba.

Le pôle économique de Bafatà sera en 2025 un grand pôle agricole et logistique. La région de Bafatá sera le trait d’union entre Bissau et l’Est du pays, de même qu’entre la moitié nord et la moitié sud du pays. Cette position géographique, au centre des futurs corridors logistiques de la Guinée-Bissau, en fera un important hub de transport et de commerce (cajou, riz, bétail). Le pôle de Bafatá accueillera également de grands domaines agricoles, dans le cadre du projet sous régional de gestion intégrée des ressources en eau du bassin versant du fleuve Kayanga-Geba. Il concentrera par ailleurs une importante production de noix de cajou de qualité. 

Le pôle économique de Gabú sera en 2025 un pôle logistique et agricole. À la croisée des corridors reliant la Guinée-Bissau à la Guinée-Conakry, a vocation à devenir un nœud du commerce régional (bétail, riz). Son rôle se renforcera également dans la filière cajou avec, à côté d’une production à la qualité et au rendement amélioré, le démarrage d’une activité industrielle locale de première transformation. 

Le pôle économique de Catio sera en 2025 un pôle agricole, halieutique et touristique. Par le développement des aménagements rizicoles dans les bas-fonds pluviaux et les mangroves, et l’augmentation des rendements, ce pôle de la région sud de Tombali contribuera fortement à l’objectif national d’autosuffisance alimentaire. Une activité dynamique de production et de transformation de cajou y sera également développée. De même, une zone de débarquement pour la pêche artisanale permettra de valoriser les importantes ressources halieutiques. Enfin, l’aménagement et la valorisation touristique des parcs nationaux permettront de développer l’offre d’écotourisme et de dynamiser le bassin d’emploi.

Le pôle économique de Buba sera en 2025 une plate-forme logistique d’envergure régionale et un pôle agricole et halieutique dynamique. Une étude approfondie d’impact et de faisabilité devra situer le gouvernement sur les sites de Buba et Pikil pour remplacer Bissau comme premier port d’exportation de la Guinée-Bissau. Par ailleurs, le port de Buba dispose des atouts physiques pour devenir demain un grand pôle logistique régional, et en particulier le pôle logistique du vaste bassin minéralier couvrant la Guinée, le Mali, le Sénégal et la Guinée-Bissau (bauxite de Boé). Ce positionnement, en concurrence avec les ports de Conakry, de Dakar et d’Abidjan devra cependant faire l’objet de négociations aussi bien avec les voisins régionaux, qu’avec les grands acteurs privés, notamment dans les mines et le transport en chemin de fer. Buba est donc appelé à devenir demain un important pôle économique de production et d’exportation de riz, de cajou et de produits halieutiques, et peut-être à terme la première plate-forme logistique régionale de produits miniers.

La Vision Guinée-Bissau 2025 indique la destination collective du pays. Le plan opérationnel détaille quant à lui le chemin précis et les actions concrètes qui y mèneront. La figure 6 ci-dessous synthétise la stratégie de la Guinée-Bissau : elle montre les fondements et les piliers qui seront nécessaires pour bâtir la maison Guinée-Bissau 2025. Les fondements soutiennent l’émer-gence en 2025 d’une économie diversifiée, avec à côté des secteurs domestiques traditionnels (habitat et construction, commerce) et des secteurs supports critiques pour la compétitivité (l’énergie, le numérique), les quatre grands moteurs de croissance (agriculture et agro-industrie, pêche, tourisme et mines). L’ensemble de l’édifice converge vers un développement durable et solidaire.

 

Figure 6 : Stratégie de construction de la Maison Guinée-Bissau à l’horizon 2025 (Source : Analyses Performances Group)